L’IANA n’aura plus d’adresses IPv4 à distribuer d’ici 100 jours

Nous y sommes. La pénurie d’adresses IPv4 est pour bientôt. Au rythme où sont affectées les adresses Ipv4, l’IANA n’a plus que 100 jours de réserves. Mais savez-vous ce que cela signifie ? Si vous pensez que vous avez 100 jours pour adopter IPv6 je vous rassure tout de suite, la pénurie au niveau des particuliers ne se fera pas sentir avant 2012. Explication :

L’IANA (Internet Assigned Numbers Authority) est un organisme central géré par l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) qui a pour rôle de distribuer les ressources numériques uniques de l’internet parmis lesquelles on trouve les adresses IPv4. Toutefois cette organisation ne distribue pas directement les adresses IP aux utilisateurs finaux. Depuis 1998, son rôle a été réduit à distribuer des plages d’adresses IP à des organismes régionaux qui vont à leur tour découper ces plages d’adresses et les distribuer aux demandeurs (les fournisseurs d’accès à Internet, les entreprises avec de gros réseaux, etc…). Ces organismes régionaux sont appelés RIR (Regional Internet Registry). Ils sont au nombre de 5 et ont chacun en charge un continent :

RIR MAP

La répartition des RIR dans le monde (image IANA)

  • AfriNIC : L’Afrique
  • APNIC : Asie, Océanie et Australie
  • ARIN : Amérique du Nord
  • LACNIC : Amérique Centrale et Amérique du Sud
  • RIPE NCC : Europe, Moyen Orien et Asie Centrale

Chacun de ces organismes maintient la base « Whois » qui décrit le propriétaire de chaque adresse IP dans la région gérée.

Les 100 derniers jours

Selon les prévisions, en mars 2011, l’IANA ne pourra plus distribuer de plages d’adresses IPv4 aux RIR. Ce n’est pas encore la fin du monde. Les plages seront distribues aux RIR par gros blocs d’ici là. Ces blocs sont des « /8 » c’est à dire des plages de 16 millions d’adresses IPv4. Aujourd’hui il en reste 11 soit un peu plus de 180 millions d’adresses (sur 4 milliards possibles que compte IPv4). Elles seront distribuées aux RIR en fonction des prévisions de la demande locale pour assurer aux RIR une autonomie jusqu’à fin 2011.

100 days for IANA IPv4

Compteur le 23/11/2010

Sur 2011

Les RIR auront dont assez d’adresse Ipv4 en stock pour satisfaire les demandes des FAI jusqu’en décembre 2011. Cela n’est que théorique car il va sans doute se produire un mouvement de panique poussant les FAI à anticiper leurs demandes avant la pénurie au niveau des RIR. Il est donc fort probable que ce sera bien avant décembre 2011 qu’aura lieu cette seconde étape de la pénurie.

Les FAI n’auront alors plus que leurs propres réserves pour satisfaire leurs clients. En France, l’utilisation qui est faite de l’ADSL ne permet plus de faire du surbooking d’adresses dynamiques (plus d’utilisateurs que d’IP disponibles) car cela suppose qu’une partie importante des abonnés n’est pas connectée à un instant T. Les box internet sont connectées en permanence. Certains FAI attribuent systématiquement des adresses IPv4 fixes (freebox en zone dégroupée par exemple) l’adresse est donc toujours réservée que l’abonné soit connecté ou pas.

L’impact se fera donc probablement sentir au niveau des entreprises et des particuliers à partir de 2012. Une adresse Ipv4 deviendra une resource rare et précieuse.

Peux-t-on retarder l’échéance ?

Des pistes existent mais la priorité est plutôt de déployer IPv6, le protocole qui est censé supplanter IPv4 et balayer les problèmes de pénuries d’adresses grâce au codage sur 128 bits des adresses (des milliards de milliards d’adresses et plus encore).

Parmi les pistes :

  • Demander à certaines entreprises à qui on avait attribuer des /8 au début de l’ère internet de rendre ces plages. Ils se verront alors attribuer juste le nombre d’adresses utiles à leur connexion. Cela oblige l’entreprise à revoir tout son plan d’adressage c’est autant de travail que de déployer IPv6. La question du coût et de la gène occasionnée à l’entreprise visée pose problème d’autant plus que cette démarche serait volontaire.
  • Rendre à l’IANA la plage d’adresse 240/4. Ce seraient alors 256 millions d’adresses Ipv4 qui seraient injectées sur l’internet. Oui mais il y a un gros problème technique. Cette plage a toujours été marquée réservée par l’IETF et beaucoup de routeurs considèrent les adresses issues de cette plage comme invalides. Il faudrait donc revoir la configuration et les firmware de tous les routeurs de la planète pour s’assurer que ces adresse pourront communiquer avec le reste de l’internet sans soucis. L’energie à fournir est énorme.

Enfin n’oublions pas que deux dispositions avaient déjà été prises dans les années 1990 pour retarder l’échéance : l’abandon des classes d’adresse au profit du CIDR (pour résumer : les masques d’adresses) et la réservations d’espaces d’adresses non routables sur l’internet pour leur utilisation en réseau local (les plages d’adresses privées) associées à un mécanisme de translation d’adresses (le NAT).

Pour finir

Puisqu’il faut fournir de grands effort autant se concentrer sur le déploiement d’IPv6. La phase de transition sera longue (un bonne dizaine d’années à mon avis) avant que IPv6 devienne plus utilisé que IPv4. Pour l’instant, en France, l’offre IPv6 est assez faible, c’est surtout free qui joue le rôle de locomotive en proposant aux abonnés dégroupés qui le souhaitent une plage d’adresses IPv6. SFR ne le propose pas encore et Orange ne propose ce service optionnel qu’aux entreprises.

Comprenez que IPv4 et IPv6 forment deux internet différents. Tant que tous les services que l’on a l’habitude d’utiliser sur IPv4 n’existeront pas sous IPv6 il sera difficile de se passer d’IPv4.

J’ai déjà déployé IPv6 chez moi, et vous qu’attendez-vous ?

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